Le monastère bénédictin de Saint-Laumer trouve son origine loin de la ville de Blois, au monastère de Corbion (Orne), fondé par saint Laumer vers 575. Cet établissement bénéficia de la protection royale et connut un développement important, mais la menace des invasions normandes obligea la communauté à chercher un lieu plus sûr où s'établir. C'est dans ce contexte que, vers 873, les moines de Corbion arrivèrent à Blois, où ils s'installèrent provisoirement.
En 924, le roi Raoul de France (890-936) leur donna l'église Saint-Lubin, où ils s'établirent définitivement. Au cours du XIᵉ siècle, un nouveau monastère fut construit et l'église fut placée sous le vocable de saint Laumer, fondateur de Corbion. Après un incendie survenu en 1114, la construction d'une nouvelle église commença en 1134, avec le soutien de Thibaut IV, comte de Blois (v. 1090-1152). En 1186, les travaux achevés, les reliques de saint Laumer furent transférées depuis l'ancienne église. Au début du XIIIᵉ siècle, les premières travées de la nef et la façade étaient encore en chantier.
À l'origine, le monastère se trouvait hors des murailles, mais la guerre de Cent Ans entraîna la construction de nouvelles fortifications qui l'intégrèrent à l'enceinte de la ville. Du XIVᵉ siècle jusqu'à la première moitié du XVIᵉ siècle, de nouveaux bâtiments furent élevés, faisant de l'ensemble un important complexe monastique. En 1568, la ville de Blois et l'abbaye de Saint-Laumer furent touchées par les guerres de Religion. Les huguenots occupèrent le monastère, le laissèrent en ruines, incendièrent l'église et endommagèrent gravement les bâtiments conventuels. Aux XVIIᵉ et XVIIIᵉ siècles, grâce à l'intervention de la congrégation de Saint-Maur, qui prit en charge le monastère, celui-ci fut restauré.
En 1791, la communauté monastique dut quitter définitivement les lieux à la suite de la Révolution. L'évêque de Blois, dont le diocèse avait été créé en 1697, supprima l'église paroissiale Saint-Nicolas et transféra ses fonctions à l'église de l'ancienne abbaye, qui prit le vocable de l'ancienne paroisse. Dans le même temps, les bâtiments monastiques furent affectés à des activités hospitalières et scolaires. Au XIXᵉ siècle, une grande partie des anciennes dépendances fut démolie ou transformée. L'église subit elle aussi diverses modifications.
L'église actuelle est le résultat des nombreuses interventions réalisées sur l'édifice construit au XIIᵉ siècle. De cette époque subsistent le transept, le chœur et le chevet. Le chœur, presque aussi large que le transept, est divisé en cinq vaisseaux de deux travées ; les trois vaisseaux centraux sont dans l'axe de la nef et se terminent par une abside entourée d'un déambulatoire et de trois chapelles rayonnantes. La nef et la façade datent du XIIIᵉ siècle. Au XIVᵉ siècle, l'abside centrale fut reconstruite avec un chevet plat. L'ensemble fut remanié, notamment après l'attaque des huguenots, puis restauré à plusieurs reprises.
Monasticon Gallicanum
Bibliothèque nationale de France
Schéma du plan de l'église
Illustration tirée du Miroir historial (Vincent de Beauvais, XVe siècle)
Bibliothèque nationale de France
Le monastère de Corbion (Orne) fut fondé par saint Laumer. Selon la tradition, celui-ci, issu d'une famille modeste, serait né vers 516 dans les environs de Chartres. Il fut berger avant d'entrer au monastère de Saint-Mesmin de Micy (Loiret), fondé vers 508, où il connut notamment saint Mesmin et saint Avit. Après douze années de vie monastique, il voulut se retirer comme ermite, mais séjourna auparavant quelque temps à Chartres auprès de l'évêque de ce diocèse. Il s'établit finalement comme solitaire, mais rassembla rapidement une communauté de disciples ; vers 575, un nouveau monastère fut fondé à l'emplacement de l'actuelle commune de Moutiers-au-Perche (Orne).
Ce nouvel établissement devint le monastère de Corbion, dont Laumer fut le premier abbé. Il mourut à Chartres vers 594 et son corps fut peu après transféré à Corbion. À la fin du IXᵉ siècle, la communauté dut fuir en raison des invasions vikings et les moines, emportant les reliques du fondateur, arrivèrent à Blois en 873. En 929 mourut le dernier abbé de Corbion, sans qu'aucun successeur ne soit désigné. Bien que le monastère retrouvât par la suite une certaine activité, il ne retrouva jamais son rang d'abbaye et fut finalement réduit au statut de prieuré.
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