Abbaye Saint-Pierre-et-Saint-Paul de Ferrières
Notre-Dame de Bethléem / Ferrariae
(Ferrières-en-Gâtinais, Loiret)
Le monastère de Ferrières, placé sous le vocable de Saint-Pierre-et-Saint-Paul, était également connu sous celui de Notre-Dame de Bethléem. Son origine a été rattachée au martyr saint Savinien, considéré comme le premier évêque de Sens. Bien que le récit de sa vie soit une élaboration tardive, certaines traditions le présentent comme un envoyé de saint Pierre chargé d'évangéliser la Gaule, tandis que d'autres sources le situent au IIIᵉ siècle. Selon cette tradition, Savinien aurait fondé une chapelle dédiée à Notre-Dame de Bethléem et y aurait même établi une première communauté de caractère érémitique, détruite par la suite lors des invasions barbares.
La même tradition fait de Clovis Ier (481-511) le restaurateur du lieu et le fondateur du monastère, vers 507. Un siècle plus tard, vers 607, le roi mérovingien Thierry II de Bourgogne (587-613) aurait assiégé Ferrières et détruit le monastère. Durant la première moitié du VIIᵉ siècle, Clotaire II (584-629) et son fils Dagobert Ier (v. 600-639) firent édifier et doter un nouveau monastère consacré à Bethléem. Cette fondation est aujourd'hui considérée comme l'origine historique de l'abbaye, laissant de côté le récit traditionnel antérieur. Vers 635, Wandelbert († 642) poursuivit l'entreprise en édifiant l'abbaye et en obtenant plusieurs privilèges accordés par le pape Honorius Ier (625-638).
Le monastère suivait probablement la règle de saint Colomban, bien qu'il ait également été considéré comme une communauté de chanoines réguliers. Il connut une longue période de prospérité. En 794, Alcuin d'York († 804), conseiller de Charlemagne, fut nommé abbé de Ferrières. Il exerça également cette charge à Saint-Martin de Tours (Indre-et-Loire) et à Saint-Loup de Troyes (Aube). En 817, dans le cadre des réformes monastiques de Louis le Pieux, Ferrières adopta la règle de saint Benoît. En 880, l'église abbatiale fut le lieu du couronnement de Louis III (863-882) et de Carloman II (v. 867-884), fils de Louis le Bègue (843-879).
À cette époque, l'abbaye de Saint-Josse-sur-Mer (Pas-de-Calais) dépendait de Ferrières. Au IXᵉ siècle, la région subit les invasions normandes. Malgré cela, Ferrières put encore accueillir la communauté de Saint-Josse jusqu'en 917. Une nouvelle période de prospérité permit ensuite la construction de l'église abbatiale, commencée vers 1140 et consacrée en 1163 par le pape Alexandre III, alors qu'elle n'était pas encore achevée. Cette période favorable se prolongea jusqu'au milieu du XIVᵉ siècle, lorsque la guerre de Cent Ans atteignit le monastère en 1357. Les destructions se répétèrent en 1427, laissant les bâtiments conventuels en ruine. Après leur relèvement, l'abbaye dut encore subir les guerres de Religion (1568-1569).
En 1633, la réforme de la congrégation de Saint-Maur fut introduite malgré l'opposition des moines, entraînant pendant quelque temps la coexistence de deux communautés, jusqu'à l'adoption définitive de la réforme mauriste. L'abbaye fut supprimée en 1790 à la Révolution. Gravement endommagé, le monastère fut vendu. En 1801, l'église, elle aussi très dégradée, fut affectée au culte paroissial, ce qui lui permit d'échapper à la destruction. Sa restauration débuta dans la seconde moitié du XIXᵉ siècle. L'édifice actuel résulte de nombreuses campagnes de travaux ; l'essentiel de la construction appartient à celle entreprise en 1040, bien que quelques éléments de l'église antérieure aient été conservés.
Schéma du plan de l'église
L'église est à nef unique, bien qu'elle possédât à l'origine un bas-côté au nord, aujourd'hui disparu. Elle comprend également un transept donnant accès au chœur. Sa principale originalité réside dans la croisée du transept, où fut aménagé un espace octogonal entouré de colonnes périphériques. L'abside centrale, de la même largeur que la nef, est de plan polygonal et semble appartenir à une phase de construction plus tardive. Il convient également de tenir compte des nombreuses réparations rendues nécessaires par les destructions des conflits armés. L'édifice fut restauré au XIXᵉ siècle. Quelques vitraux des XVᵉ et XVIᵉ siècles sont conservés. À côté de l'église abbatiale se dresse l'ancienne chapelle Notre-Dame de Bethléem.
Couronnement de Louis III et de Carloman II
Illustration tirée des Grandes Chroniques de France (XIVe siècle)
Bibliothèque nationale de France
Monasticon Gallicanum
Bibliothèque nationale de France
Selon Armorial général de France (XVIIIe siècle)
Bibliothèque nationale de France
- AUBERT, Marcel (1931). Ferrières-en-Gâtinais. Congrès archéologique de France, 93 ss. Société française d'archéologie
- BESSE, Jean-Martial (1913). Abbayes et prieurés de l'ancienne France, vol. 6. Province ecclésiastique de Sens. Ligugé/París
- GAND, Michel (1998). Les origines de l'abbaye de Ferrieres (Loiret). Bulletin de la Société archéologique et historique de l'Orléanais, núm. 15.119
- JAROSSAY, Eugène (1901). Histoire d'une abbaye a travers les siècles. Ferrières en Gatinais, ordre de Saint-Benoît (508-1790). Reed. 1986. Orleans: Herluison
- MICHEL, Edmond (1879). Monuments religieux, civils et militaires du Gâtinais, depuis le XIe jusqu'au XVIIe siècle. Orléans: Herluison
- MORIN, Guillaume (1882). Histoire du Gastinois, vol. 2. Pithiviers: Laurent
- PEIGNÉ-DELACOURT, Achille (1877). Monasticon Gallicanum. Paris: G. Chamerot
- SAINT-MAUR, Congregació de (1770). Gallia Christiana in provincias ecclesiasticas distributa. Vol. 12. París: Typographia Regia
- SAULNIER, Lydwine (1972). Ferrières-en-Gâtinais. Bulletin Monumental. Vol 130























