La fondation de l’abbaye bénédictine de Saint-Père-en-Vallée, à Chartres, est mal documentée. Les récits des temps les plus anciens, et leurs détails, sont considérés comme douteux. Ils commencent par un récit invraisemblable qui situe en ce lieu la sépulture de sainte Soline, qui aurait été martyrisée à Chartres au Ier siècle. Une autre tradition attribue la fondation à Clovis Ier (v. 466-511) et sa dotation à sa veuve, Clotilde (v. 474-v. 545).
Il est plus probable qu’elle ait été fondée au milieu du VIIe siècle, ou peu auparavant. À cette époque, la reine Bathilde (v. 626-680), épouse de Clovis II (635-657), lui fit une donation. On sait également que l’évêque Élie (Helias, v. 840-v. 849) attaqua et pilla le monastère afin de le soumettre à son autorité, ce qui entraîna l’exil de la communauté à l’abbaye de Saint-Germain d’Auxerre (Yonne). En 857, alors que Saint-Père-en-Vallée commençait à être reconstruite, Chartres fut attaquée par les Normands, qui détruisirent la ville, affectant particulièrement les édifices religieux et provoquant la mort de l’évêque Frotbold.
Son successeur, Gislebert, entreprit la reconstruction du monastère à partir de 860, et la maison fut occupée par une communauté de chanoines. En 911 ou, peut-être, peu auparavant, le lieu fut de nouveau détruit par les Vikings et resta abandonné jusqu’à ce que, vers 930, l’évêque Aganon entreprenne une nouvelle restauration du monastère, qui fut repeuplé par des chanoines séculiers. Son successeur, Rainfroi, réforma la maison et, en 954, y introduisit une communauté bénédictine provenant de l’abbaye de Saint-Benoît-sur-Loire (Loiret).
Saint-Père-en-Vallée connut une expansion rapide et, en 985, le roi Lothaire (941-986) lui accorda le droit d’exemption juridique et ecclésiastique. En 1077, l’église accueillit les restes de saint Gildouin, archevêque élu de Dol, mort à Chartres cette année-là et qui fit l’objet d’une vénération. D’autre part, l’église subit un incendie la même année, puis un autre en 1134. En 1106, une bulle du pape Pascal II (1099-1118) reconnaissait les nombreux biens qu’elle avait accumulés jusque-là. En 1163, les travaux de reconstruction des dommages causés par les incendies étaient en cours.
En 1481, la maison fut placée sous le régime de la commende ; le premier abbé de cette période fut Philippe de La Chapelle. Une réforme fut tentée en 1552, sans succès, jusqu’à ce qu’en 1650 Saint-Père-en-Vallée intègre la congrégation de Saint-Maur, qui se chargea de sa restauration matérielle. L’abbaye fut supprimée en 1790 à la suite de la Révolution, alors que la communauté comptait huit moines. Par la suite, l’église devint paroissiale sous le vocable de Saint-Pierre.
Du monastère médiéval, il subsiste l’église, un grand édifice des XIIe et XIIIe siècles. Elle est précédée d’une tour plus ancienne, construite vers l’an 1000, qui conserve des éléments décoratifs préromans. Il s’agit d’un édifice à trois nefs, sans transept. Le chevet, orienté à l’est, est constitué du chœur, entouré d’un déambulatoire dans le prolongement des bas-côtés. Il possède cinq chapelles rayonnantes. L’ensemble a fait l’objet de modifications dues à des réaménagements ou à des réparations. La tour actuelle précédait déjà une construction antérieure, de dimensions plus réduites, et n’est donc pas alignée sur l’axe de l’édifice actuel. Elle conserve également un important ensemble de vitraux des XIIIe et XIVe siècles.
Monasticon Gallicanum
Bibliothèque nationale de France
D'après Armorial général de France (XVIIIe siècle)
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