Le prieuré Saint-Pierre de Solesmes fut fondé grâce à l’initiative de Geoffroy, seigneur de Sablé, dont le château était situé au sud-ouest de Solesmes, en aval de la Sarthe. Au début du XIe siècle, le fondateur donna les terrains destinés à la construction du nouveau prieuré à l’abbaye de La Couture (Le Mans), dont il demeurerait dépendant. Il le dota également de ressources suffisantes pour assurer sa subsistance. Entre 1006 et 1015, Avesgaud de Bellême, évêque du Mans de 995 à 1036, consacra l’église priorale, peut-être une ancienne église paroissiale.
Malgré son statut de prieuré, l’établissement devint rapidement important ; en 1073, Guillaume le Conquérant confirma sa charte de fondation. Par ailleurs, au XIIe siècle, une relique de la Sainte Épine y arriva, encore conservée aujourd’hui, probablement rapportée d’Orient par Robert IV de Sablé († 1193), qui avait accompagné Richard Cœur de Lion (1157-1199) lors de la troisième croisade. Tout cela fit de Solesmes une maison monastique dotée d’une importante communauté et d’une intense activité, comparable aux monastères de plus grande envergure et supérieure aux prieurés de l’époque, souvent réduits à des fonctions essentiellement administratives sur le territoire et à une communauté minimale.
La maison subit les effets de la guerre de Cent Ans qui, durant le dernier quart du XIVe siècle et le premier du XVe, endommagea gravement l’église et les bâtiments conventuels, tout en réduisant le nombre de moines de douze à cinq. Au XVe siècle, on procéda à sa restauration ; de cette époque date le monument de la Passion élevé dans l’église, à la base duquel se trouve la Mise au tombeau (1496). Entre 1525 et 1553 fut édifié dans le transept un autre monument, la Belle Chapelle, avec une représentation de la Dormition de la Vierge à sa base. À partir du milieu du XVIe siècle, et durant environ un siècle, la maison connut une période de décadence à laquelle contribuèrent le régime commendataire instauré en 1564 et les guerres de Religion (1567), bien que le monastère ne subît pas de dommages directs.
En 1664, le prieuré de Solesmes entra dans la congrégation de Saint-Maur, comme cela avait déjà été le cas peu auparavant pour La Couture. Les mauristes trouvèrent le lieu pratiquement sans communauté, si bien que leur arrivée peut presque être considérée comme une nouvelle fondation. La réforme mauriste fut profonde, tant en ce qui concerne les usages communautaires, devenus plus stricts, que dans la reconstruction des bâtiments conventuels, caractéristique de cette congrégation ; ces travaux se poursuivirent jusque bien avancé dans le XVIIIe siècle. La vie monastique à Solesmes prit fin, quoique temporairement, avec la Révolution, lorsque les moines furent expulsés du prieuré en 1791.
Après être passée entre des mains privées, mais en échappant à la destruction, la vie monastique revint à Solesmes en 1833, lorsqu’une nouvelle communauté se réunit autour de Prosper Guéranger (1805-1875), originaire de cette région. En 1837, avec l’approbation du pape Grégoire XVI, la maison prit le titre d’abbaye et, en même temps, fut fondée la congrégation de France (actuelle congrégation de Solesmes), qui serait en partie l’héritière de l’ancienne congrégation de Saint-Maur.
Au-delà des interruptions de son activité, l’abbaye a connu une remarquable expansion, tant dans le monastère même de Solesmes — avec une attention particulière portée à l’étude du chant grégorien — que par son rôle à la tête de la congrégation, qui s’étendit également hors de France, notamment à Santo Domingo de Silos (Burgos), par l’intermédiaire de Saint-Martin de Ligugé (Vienne). Elle possède également une branche féminine, développée à partir du monastère Sainte-Cécile de Solesmes (Sarthe), fondé en 1866.
Cartulaire des abbayes de Saint-Pierre de la Couture...
- BARBEAU, Dom Thierry (2009). Sub titulo Petri. Mille ans d’histoire à l’abbaye de Solesmes. Solesmes: Ed. de Solesmes
- BÉNÉDICTINS DE SOLESMES (1881). Cartulaire des abbayes de Saint-Pierre de la Couture et de Saint-Pierre de Solesmes. Le Mans: Edmond Monnoyer
- BESSE, Jean-Martial (1920). Abbayes et prieurés de l'ancienne France, vol. 8, Tours. París : Picard
- COUTEL DE LA TREMBLAYE, Martin (1892). Solesmes, les sculptures de l'église abbatiale, 1496-1553. Solesmes
- DELATTE, Paul (1909). Dom Guéranger abbé de Solesmes. París: Plon-Nourrit / G. Oudin
- GUÉRANGER, Prosper (1846). Essai historique sur l'abbaye de Solesmes, suivi de la description de l'église abbatiale. Le Mans: Fleuriot













