L’abbaye cistercienne de Notre-Dame de Léoncel fut fondée en 1137 dans une vallée retirée du massif du Vercors, à l’est de Vienne. Le territoire, en plus d’être éloigné des zones habitées, était inhospitalier en raison des conditions climatiques rigoureuses qui y régnaient. La fondation fut patronnée par l’abbaye de Bonnevaux (Isère), aujourd’hui disparue, qui y envoya le moine Amédée avec pour mission d’adapter le site à la vie monastique.
Une fois la fondation engagée, Burnon fut nommé premier abbé de la maison. Son successeur, Falcon, obtint en 1142 une bulle du pape Innocent II plaçant Léoncel sous sa protection. À la même époque, Aymar Iᵉʳ de Poitiers et son fils Guillaume, comtes du Valentinois, lui accordèrent également leur soutien. Hugues de Châteauneuf (v. 1120-v. 1194), neveu de l’évêque Hugues de Grenoble, fut abbé à la fois de Léoncel et de Bonnevaux. Étroitement lié aux autorités ecclésiastiques de son temps, il impulsa la construction du monastère et son expansion.
En 1178, Frédéric Iᵉʳ Barberousse signa un document confirmant les biens de l’abbaye et lui accordant sa protection. Des actes de ce type, émanant aussi bien des autorités civiles que religieuses, se succédèrent par la suite. En 1188, l’église fut consacrée lors d’une cérémonie présidée par l’archevêque de Vienne. À cette époque, la communauté de Part-Dieu était déjà constituée, dans la plaine, sur la route de Romans-sur-Isère. En 1194, cet établissement fut intégré au monastère de Léoncel, qui le conserva en tant que grange. En raison de sa situation, il devint l’une des dépendances les plus importantes de l’abbaye, où les moines pouvaient se réfugier en hiver, lorsque les conditions au monastère étaient particulièrement rudes.
Au milieu du XIVᵉ siècle, le monastère fut victime des routiers, qui le pillèrent et contraignirent les moines à fuir. En 1568, il subit de nouvelles violences : cette fois, les huguenots occupèrent le monastère et ses granges, obligeant à nouveau la communauté à quitter les lieux et à mettre à l’abri les archives et les biens les plus précieux. Une fois la situation rétablie, les moines retrouvèrent le monastère presque entièrement détruit ; seule l’église avait résisté aux dévastations, bien qu’elle eût perdu son mobilier.
Il fut décidé de reconstruire la grange de Part-Dieu, où l’activité monastique fut transférée, tandis que Léoncel et son église restaient sous la garde de quelques moines. Cette situation favorisa le désintérêt des abbés pour la direction de la maison et entraîna progressivement son déclin. En 1682, le régime de la commende y fut instauré. Le manque de ressources obligea la communauté à revenir à l’abbaye et à restaurer certaines dépendances, où elle put se maintenir jusqu’à la Révolution. En 1790, les derniers moines quittèrent définitivement les lieux.
De l’ancien ensemble monastique, il convient de souligner l’église, de structure romane. À l’origine, elle se composait d’une seule nef, à laquelle deux nefs latérales furent ajoutées ultérieurement ; les voûtes qui la couvrent furent construites plus tard. À ces nefs s’ajoute un transept, qui ouvre sur les trois absides formant le chœur. Aujourd’hui, l’église remplit des fonctions paroissiales.
Filiation de Léoncel
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- CHEVALIER, Ulysse; ed. (1869). Cartulaire de l'abbaye de Notre-Dame de Léoncel au diocèse de Die, ordre de Cîteaux. Montélimar: Bourron
- COTTINEAU, Laurent-Henri (1936). Répertoire topo-bibliographique des abbayes et prieurés. Vol. 1. Mâcon: Protat
- JANAUSCHEK, Leopoldus (1877). Originum Cisterciensium. Vol. 1. Viena
- NADAL (1888). L'abbaye de Léoncel, religieux Cisterciens. Essai sur les Origines monastiques dans le diocèse de Valence. Valence: Céas
- SAINT-MAUR, Congregació de (1865). Gallia Christiana in provincias ecclesiasticas distributa. Vol. 16. París: Firmin Didot
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