Abbaye Notre-Dame d’Aulps

Alpes / Alpense

(Saint-Jean-d'Aulps, Haute-Savoie)

Abbaye d’Aulps
Abbaye d’Aulps

L’abbaye Notre-Dame d’Aulps trouve son origine dans un monastère bénédictin qui, peu après sa fondation, adopta les coutumes cisterciennes. Elle fut établie dans un site montagneux, où elle demeura active jusqu’à la Révolution. Il ne subsiste aujourd’hui que les ruines de l’église.

Abbaye d’Aulps
Abbaye d’Aulps

Le monastère d’Aulps fut fondé à la fin du XIe siècle comme cellule monastique dépendant de l’abbaye de Molesme (Côte-d’Or), alors sous l’abbatiat de Robert de Molesme (v. 1028-1111) et engagé dans un profond mouvement de réforme qui conduirait à la création de l’ordre de Cîteaux. Dans ce contexte, vers 1094, les moines Guy († v. 1110) et Guérin de Mousson (v. 1065-1150) quittèrent Molesme pour s’établir à Aulps, avec la protection des seigneurs de Maurienne et de Faucigny et le soutien de Guy de Faucigny, évêque de Genève. Il s’agissait d’un noyau monastique bénédictin où l’on pratiquait une vie proche de l’érémitisme.

Filiation de Aulps

Selon Originum Cisterciensium (L. Janauschek, 1877)

Abbaye de Clairxaux (Aube) / 1119


Abbaye d’Aulps / 1136


Le rapide développement d’Aulps favorisa son érection en abbaye en 1097, sous la direction de Guy, qui en fut le premier abbé. On considère que, durant cette phase d’expansion, Aulps participa à la fondation d’autres monastères, tels que Hautecombe (Savoie), Bonmont (Suisse) ou Balerne (Jura). Une bulle du pape Calixte II, en 1119, lui garantissait le droit d’élire son abbé, la soustrayant à la tutelle épiscopale. Aulps fut intégrée à l’ordre de Cîteaux en 1136, parallèlement aux abbayes mentionnées. En 1138, l’abbé Guérin quitta sa charge pour occuper le siège épiscopal de Sion ; à sa mort, il fut inhumé dans l’église d’Aulps.

Abbaye d’Aulps
Abbaye d’Aulps

L’abbaye bénéficia de la protection des seigneurs locaux ainsi que d’Humbert III de Savoie (1136-1189), qui contribua à la construction du monastère. Aulps acquit un notable pouvoir économique et social, et la dévotion aux reliques de l’abbé saint Guérin s’y développa ; toutefois, au milieu du XIVe siècle, elle subit également les effets de la peste. Par ailleurs, le bourg de Saint-Jean-d’Aulps se développa à l’abri du monastère. En 1468 s’ouvrit une nouvelle époque avec l’instauration du régime commendataire, marquant le début d’un déclin plus ou moins accentué selon les circonstances. En 1779, alors que la communauté était déjà très réduite, la mense abbatiale fut attribuée à l’évêché de Chambéry.

La vie communautaire prit fin avec la Révolution : en 1792-1793, les moines quittèrent le monastère. L’incendie de l’église paroissiale de Saint-Jean-d’Aulps (1823) entraîna la destruction de l’église abbatiale afin d’en réemployer les pierres, également utilisées dans d’autres constructions du village. En 1902 commença sa protection au titre des monuments historiques et, au cours de la dernière décennie du XXe siècle, les terrains de l’ancien enclos monastique furent acquis, amorçant son étude et sa mise en valeur.

Abbaye d’Aulps
Abbaye d’Aulps
Nice et Savoie: sites pittoresques (1864)
Abbaye d’Aulps
Abbaye d’Aulps
Carte postale ancienne, collection privée

Bibliographie:
  • ABRAHAM, Pol (1933). L'abbaye de Sainte-Marie d'Aulps (Haute-Savoie). Bulletin Monumental. Vol. 92/4
  • BAUD, Anne (2010). L’abbaye d’Aulps (Haute-Savoie). Archéologie et réhabilitation. Dossiers d’archéologie, núm. 340
  • BAUD, Anne; i altres; dir. (2010). Sainte-Marie d’Aulps une abbaye cistercienne en pays savoyard. Lió: Alpara
  • BAUDRILLART, Alfred (1931). Dictionnaire d'histoire et de géographie ecclésiastiques. Vol. 5. París: Letouzey et Ané
  • BESSON, Joseph-Antoine (1871). Mémoires pour l'histoire ecclesiastique des dioceses de Geneve, Tarantaise, Aoste et Maurienne. Moûtiers: Cane
  • COTTINEAU, Laurent-Henri (1936). Répertoire topo-bibliographique des abbayes et prieurés. Vol. 1. Mâcon: Protat
  • DELERCE, Arnaud (2008). Liste commentée des abbés réguliers de l’abbaye cistercienne Sainte-Marie d’Aulps (1097-1468). De la pierre au parchemin. Trésors d’histoire savoyarde
  • DELERCE, Arnaud (2011). Une abbaye de montagne, Sainte-Marie d’Aulps. Son histoire et son domaine par ses archives. Documents d’Histoire savoyarde, 4
  • GONTHIER, Abbé (1903). Vie de Saint-Guérin, abbé d'Aulps, puis évêque de Sion (1065-1150). Oeuvres històriques de M. l'Abbé Gonthier. Thonon-les-Bains: Masson
  • JANAUSCHEK, Leopoldus (1877). Originum Cisterciensium. Vol. 1. Viena
  • SAINT-MAUR, Congregació de (1865). Gallia Christiana in provincias ecclesiasticas distributa. Vol. 16. París: Firmin Didot
  • THIBOUT, Marc (1965). L'abbaye d'Aulps. Congrès archéologique de France. 123 ss. Savoie. Société française d'archéologie

Emplacement:
Vista aèria

Les ruines de l’abbaye d’Aulps se trouvent sur le territoire de la commune de Saint-Jean-d’Aulps (Haute-Savoie), dans un site montagneux au sud du lac Léman