Le monastère cistercien d’Hautecombe, fondé à l’époque de Bernard de Clairvaux (1090-1153), connut un parcours remarquable, étroitement lié au comté de Savoie, mais entra en décadence à partir du XVe siècle. Il fut reconstruit au XIXe siècle, lorsqu’il fut de nouveau occupé par diverses communautés monastiques.
L’origine d’Hautecombe est liée au monastère de Notre-Dame d’Aulps (Haute-Savoie), maison qui entretenait des liens étroits avec l’abbaye de Molesme (Côte-d’Or). Au début du XIIe siècle, un groupe de moines d’Aulps se rendit sur un site situé sur la rive orientale du lac du Bourget, où ils fondèrent un prieuré, ou monastère, connu sous le nom d’Alta Comba, où ils pratiquaient un mode de vie proche de l’érémitisme. Bien que l’établissement puisse être antérieur, la donation du territoire à la communauté fut confirmée en 1121.
La tradition mentionne le passage en ce lieu de Bernard de Clairvaux, fait qui aurait influencé la communauté, introduisant les pratiques cisterciennes et la transformant finalement en monastère de cet ordre, en 1135. Bernard y envoya plusieurs moines, parmi lesquels Vivien, qui devint le premier abbé de la maison. En 1139, la communauté, dirigée par le nouvel abbé Amédée d’Hauterives, se transféra sur un nouvel emplacement situé sur la rive occidentale du lac du Bourget, terrain que leur avait concédé Amédée III de Savoie (1095-1148), où ils édifièrent le nouveau monastère. La maison connut une longue période de prospérité, grâce notamment au soutien des comtes de Savoie, parmi lesquels Humbert III (1136-1189), fils d’Amédée III.
Le comté de Savoie en fit le lieu de sépulture de nombreux membres de la dynastie. Cette période de prospérité permit de participer à la fondation d’autres établissements, tels que l’abbaye de Fossanova (Latium, Italie), avec une dépendance à Santo Stefano del Bosco (Calabre). Elle aurait également pris part à des fondations éphémères plus lointaines, comme Sacaraz (Péloponnèse) et Sanctus Angelus in Petra (Constantinople). En 1440, le duc Amédée VIII de Savoie (1383-1451), élu pape (antipape) sous le nom de Félix V, conféra le titre d’abbé à Pierre Bolomier, fonctionnaire de la cour, inaugurant ainsi le régime de la commende, qui nuisit au développement de la maison.
Filiation d'Hautecombe
Selon Originum Cisterciensium (L. Janauschek, 1877)
La décadence d’Hautecombe se prolongea et, à l’époque de la Révolution, la communauté ne comptait plus que dix moines. Peu auparavant, elle avait subi une occupation militaire qui avait endommagé les bâtiments. En 1793, la communauté fut dispersée, le site pillé puis vendu. Il fut affecté à des activités industrielles jusqu’en 1807, ce qui détériora gravement le monastère. En 1824 débuta la reconstruction et, en 1826, une nouvelle communauté cistercienne venue d’Italie s’y installa ; elle fut remplacée en 1864 par une autre, originaire de Sénanque (Vaucluse). En 1922, le monastère fut occupé par des bénédictins de la Congrégation de Solesmes, qui le quittèrent en 1987 pour s’installer à Ganagobie (Alpes-de-Haute-Provence). Depuis 1992, il est occupé par une communauté du Chemin Neuf.
Aujourd’hui, on conserve un monastère restauré ; l’église, de style néogothique, date du XIXe siècle. À l’intérieur se trouvent les sépultures de la maison de Savoie ; presque toutes les tombes datent également du XIXe siècle, ayant été refaites après leur destruction lorsque l’église fut transformée en manufacture de faïence. On conserve aussi le cloître, reconstruit au XVIIIe siècle. Plus ancienne est la grange batelière, construction singulière, probablement du milieu du XIIIe siècle. Ce bâtiment permettait d’abriter les barques arrivant au monastère et d’y entreposer les marchandises. Il faut tenir compte du fait qu’au Moyen Âge, un canal permettait la navigation depuis le Rhône jusqu’au lac du Bourget et au monastère.
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