Abbaye Saint-Pierre-les-Nonnains de Lyon
Palais Saint-Pierre / S. Petri Puellarum / S. Petrus Lugdunensis
(Lyon, Métropole de Lyon)
L’origine du monastère féminin de Saint-Pierre-les-Nonnains de Lyon est entourée de récits légendaires ou mal documentés, dont certains se situent aux premiers temps du christianisme. Des informations plus tardives existent, mais elles n’ont pas non plus pu être vérifiées. Il s’agit néanmoins d’un établissement monastique très ancien.
Traditionnellement, la restauration du monastère a été attribuée à Anemond (ou Ennemond, † 657), évêque de Lyon, qui a dès lors été considéré comme son fondateur. Cette tradition relève toutefois d’une élaboration tardive. La fondation la plus probable se situerait dans la première moitié du VIIIe siècle. Après une destruction causée par une incursion sarrasine, le monastère fut de nouveau restauré au début du IXe siècle par l’évêque Leidrad (798-814) et c’est peut-être à cette époque qu’il adopta la règle de saint Benoît.
Il devint rapidement un centre de pouvoir, accueillant des religieuses issues de la noblesse. L’abbaye jouissait d’un grand prestige et son influence dépassait celle d’autres maisons bénédictines du territoire, telles que l’Île-Barbe (également à Lyon) ou Saint-Rambert (Ain), toutes deux masculines. En 865, le roi Charles de Provence († 863) y fut inhumé. Au XIIe siècle, l’abbaye connaissait encore une période de prospérité, qui permit la construction d’une nouvelle église pour la communauté, dont subsistent quelques éléments, ainsi que l’église Saint-Saturnin et d’autres chapelles réparties dans le tissu urbain du Lyon médiéval. La communauté bénéficiait également des droits seigneuriaux qu’elle exerçait.
Avec le temps, toutefois, un relâchement général de la discipline s’installa et le mode de vie s’éloigna progressivement de l’idéal bénédictin. Au début du XVIe siècle, l’abbaye dut se soumettre à une réforme de l’observance, malgré l’opposition de la communauté, qui voyait ses privilèges menacés. En 1562, dans le contexte des guerres de Religion, le monastère fut occupé, entraînant la fuite des religieuses et d’importantes pertes patrimoniales. En 1637, l’abbaye fut placée sous la dépendance directe de l’archevêché de Lyon.
Au milieu du XVIIe siècle, après la démolition des remparts de la ville, la nouvelle place des Terreaux fut aménagée et l’Hôtel de Ville y fut construit. Parallèlement, l’abbaye Saint-Pierre-les-Nonnains réforma ses structures en édifiant le palais Saint-Pierre, qui ferme la place sur son côté sud. Bien que l’abbaye eût perdu une grande partie de son influence, elle conservait encore un pouvoir économique notable. La communauté subsista jusqu’en 1792, date à laquelle l’abbaye fut définitivement supprimée à la suite de la Révolution.
Les religieuses disposaient de deux églises sur ce site : l’une dédiée à Saint-Pierre, réservée à la communauté monastique, et l’autre, Saint-Saturnin (ou Saint-Sorlin), à fonction paroissiale, dont elles percevaient les revenus. Cette seconde église fut détruite pendant la Révolution. Il subsiste aujourd’hui le monastère baroque édifié au XVIIe siècle, intégrant certains éléments de l’ancienne église Saint-Pierre. Cet édifice, d’origine romane, subit plusieurs transformations aux XVIIIe et XIXe siècles, conserva le culte jusqu’en 1907 et, après sa désaffectation, fut intégré à l’ensemble des bâtiments publics qui abritent aujourd’hui le musée des Beaux-Arts de Lyon.
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