Prieuré de La Charité

Charitate

(La Charité-sur-Loire, Nièvre)

Prieuré de La Charité
Prieuré de La Charité

En 1059, Geoffroy de Champallement (évêque d’Auxerre de 1054 à 1076), avec l’accord du comte Guillaume Ier de Nevers (v. 1029-v. 1098), donna à Hugues, abbé de Cluny (1024-1109), une église en ruines dédiée à la Vierge Marie, située au lieu-dit Seyr, afin d’y établir une maison monastique. Cette donation, consignée dans une charte de 1059, est considérée comme l’acte fondateur du prieuré de Notre-Dame de La Charité, bien qu’une tradition attribue au site une origine plus ancienne.

Prieuré de La Charité
Prieuré de La Charité

Cette tradition situe l’existence d’un établissement monastique à cet endroit vers l’an 700. Selon ce récit, il s’agirait d’un monastère de grandes dimensions qui aurait été détruit par une incursion des Vandales au milieu du VIIIe siècle, restauré sous le règne de Pépin le Bref (751-768), puis de nouveau détruit vers 781. Le site serait ensuite resté abandonné jusqu’à la fondation clunisienne de 1059. Les recherches archéologiques ont toutefois apporté des indices d’une occupation antérieure, sans que l’existence d’un monastère à cette époque puisse être établie avec certitude.

Après sa fondation, le prieuré connut une période de grande prospérité, favorisée par de nombreuses donations, qui permirent son développement, la construction des bâtiments monastiques et de la grande église Notre-Dame, commencée à la fin du XIe siècle. Cette église aurait remplacé un premier édifice dédié à Saint-Laurent, d’origine ancienne, probablement antérieure au XIe siècle. Il s’agirait de la première église dédiée à la Vierge Marie mentionnée dans l’acte de 1059, qui aurait été utilisée jusqu’aux XVIe-XVIIe siècles, probablement à des fins funéraires. Des vestiges de l’époque mérovingienne ont été retrouvés dans ce secteur. Par ailleurs, les vestiges d’une autre chapelle ont été découverts sous la nef de l’église Notre-Dame, aujourd’hui occupée par une place.

Prieuré de La Charité
Prieuré de La Charité
Prieuré de La Charité
Prieuré de La Charité
Portail de l'Assomption (1130-35)

La maison de La Charité bénéficiait d’un statut particulier au sein du monde clunisien, qu’elle ne partageait qu’avec quatre autres prieurés : Saint-Martin-des-Champs (Paris), Sauxillanges (Puy-de-Dôme), Lewes (Angleterre) et Souvigny (Allier). Au cours de son existence, elle fonda et administra un nombre important de prieurés dépendants, parmi lesquels ceux de Saint-Christophe d’Halatte (Oise), Saint-Agnan de Cosne (Nièvre) et Longueville (Seine-Maritime). En 1107, le pape Pascal II consacra l’église et signa deux bulles confirmant les possessions de La Charité.

Jusqu’au XIVe siècle, le prieuré conserva le droit d’élire son prieur sans l’intervention de Cluny. Par la suite, cette liberté fut restreinte par les nominations royales et, en 1486, le premier prieur commendataire fut nommé, le cardinal Charles II de Bourbon († 1488). Le prieuré subit plusieurs épreuves qui l’affectèrent à des degrés divers : un incendie en 1201, les conséquences de la guerre de Cent Ans durant la première moitié du XVe siècle et un nouvel incendie en 1559, qui imposa sa reconstruction. Peu après, durant les guerres de Religion, il subit de nouvelles destructions qui entraînèrent la perte d’une grande partie de la nef de l’église, réduite à quatre travées seulement.

Prieuré de La Charité
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Vestiges de la nef perdue
Prieuré de La Charité
Prieuré de La Charité
Façade actuelle, construite après les destructions du XVIe siècle

Il s’agissait d’un établissement monastique de grandes dimensions, doté d’une communauté nombreuse. Le Voyage littéraire de deux religieux bénédictins... mentionne une communauté de deux cents religieux, chiffre qui illustre l’importance atteinte par le prieuré. Avec le temps, toutefois, le nombre de moines diminua jusqu’à ne plus compter qu’un peu plus d’une douzaine de membres au moment de la suppression. Celle-ci eut lieu pendant la Révolution, à partir de 1789, et les biens du prieuré furent vendus en 1793. En 1804, le culte fut rétabli dans l’église Notre-Dame, au détriment des autres églises de la ville. Les bâtiments conventuels furent affectés à diverses activités commerciales et industrielles. À l’époque contemporaine, le prieuré a fait l’objet de fouilles, de travaux de récupération et de restauration. Le chevet de Saint-Laurent fut découvert en 1974.

Parmi les constructions antérieures à la fondation de 1059, il faut mentionner les ruines de l’église Saint-Laurent (Xe-XIe siècles) et les vestiges d’une seconde église située sous la place, dans le secteur correspondant aux nefs démolies au XVIe siècle. De l’église Notre-Dame subsistent le transept et le chevet, commencés à la fin du XIe siècle et agrandis au siècle suivant avec un déambulatoire doté de cinq chapelles rayonnantes. Seules quatre travées de la nef sont conservées. À l’extrémité occidentale se trouvent le clocher roman et l’ancien portail de l’église, qui donne accès à un espace ouvert, avec la nouvelle façade construite après les destructions du XVIe siècle. Il faut signaler les deux portails conservés, dotés d’un remarquable décor sculpté, datables des années 1130-1135.

Prieuré de La Charité
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Tympan de la Transfiguration (1130-35)
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Tympan de la Transfiguration
Adoration des mages
Prieuré de La Charité
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Tympan de la Transfiguration
Présentation de Jésus au Temple
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Chapiteau de l'église
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Chapiteau de l'église
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Chapiteau de l'église
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Ancienne hôtellerie du prieuré
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Cloître
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Cloître
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Salle capitulaire
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Chevet
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Restes du chevet de Sant-Laurent
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Plan du chevet
Illustration tirée de Les plans des églises romanes bénédictines (1912)
Prieuré de La Charité
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Illustration tirée de Le Nivernois, album historique et pittoresque (1840)
Prieuré de La Charité
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Illustration tirée de Le Nivernois, album historique et pittoresque (1840)
Prieuré de La Charité
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Claude de Chastillon (1641)
Bibliothèque nationale de France
Prieuré de La Charité
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Détail d'un plan de La Charité-sur-Loire
La Nièvre à travers le passé (1883)
Bibliothèque nationale de France

Bibliographie:
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  • BARNOUD, Paul (2010). La Charité-sur-Loire, un monastère dans la ville. Bulletin du centre d’études médiévales d’Auxerre. Bucema
  • BARTHELET, Marie (2016). Le prieuré de La Charité, histoire et renuveau. La Charité-sur-Loire: Le Prieuré de La Charité
  • BULLY, Aurélia; i altres (2016). Tant de ponts au fil du temps à la Charité-sur-Loire. Dijon
  • CROSNIER, Augustin-Joseph (1877). Les congrégations religieuses dans le diocèse de Nevers. Vol. 1. Nevers: Michot
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  • HENRION, Fabrice (2020). La Charité-sur-Loire, la ville, le prieuré et son enclos : un aperçu des connaissances et un état des lieux. BUCEMA, HS, 20
  • HISQUIN, Séverine (2005). La façade de l’église Notre-Dame de La Charité-sur-Loire. Recherches sur le portail sculpté de la Vierge. Bulletin du centre d’études médiévales d’Auxerre. Bucema
  • JULLIEN, Amédée (1883). La Nièvre à travers le passé. Nevers: Michot
  • LEBOEUF, Louis (1897). Histoire de La Charité. La Charité: Taureau
  • LEFÈVRE-PONTALIS, Eugène (1912). Les plans des églises romanes bénédictines. Bulletin Monumental, vol. 76
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  • MARTÈNE, Edmond; i altres (1717). Voyage littéraire de deux religieux bénédictins de la congrégation de Saint-Maur. 1ª part. París: Delaulne
  • MORELLET, Napoléon-Joseph (1840). Le Nivernois, album historique et pittoresque. Vol. 2. Nevers: Bussière
  • RENIMEL, Serge (1976). L'établissement clunisien primitif de La Charité-sur-Loire. Bilan préliminaire des découvertes archéologiques de 1975. Bulletin Monumental
  • SAINT-MAUR, Congregació de (1770). Gallia Christiana in provincias ecclesiasticas distributa. Vol. 12. París: Typographia Regia
  • SERBAT, Louis (1916). La Charité. Congrès archéologique de France. París: Picard
  • VAN DOREN, R. (1953). Charité-su-Loire. Dictionnaire d’histoire et géographie ecclésiastiques. Vol. 12. París: Letouzey

Emplacement:
Vista aèria

La Charité-sur-Loire est située au nord de Nevers