L'abbaye de Saint-Euverte, à Orléans, trouve son origine dans une communauté de chanoines établie près du tombeau de l'évêque Euverte (IVe siècle), où fut élevée l'église Notre-Dame du Mont. Selon la tradition, en 732, les reliques du saint furent temporairement cachées dans l'église Saint-Étienne afin de les protéger d'une éventuelle occupation sarrasine. Toutefois, ce n'est qu'au milieu du IXe siècle qu'est attesté un chapitre de chanoines séculiers établi à Saint-Euverte, après la restauration du site.
À cette époque, le chapitre fut victime des attaques normandes qui touchèrent la ville d'Orléans. En 865, l'établissement était presque entièrement en ruines, mais, une fois la situation rétablie, sa reconstruction fut entreprise. Cette institution entretint des liens étroits avec le chapitre de la cathédrale d'Orléans et avec les évêques de la ville. Malgré la restauration du tombeau de saint Euverte et les travaux entrepris, Saint-Euverte connut une longue période de déclin, aggravée par un incendie survenu en 989. Afin de rétablir la vie régulière, la communauté fut réformée en 1145 avec l'arrivée des chanoines de l'ordre de Saint-Victor, sous la direction de Roger de Saint-Victor, premier abbé de cette nouvelle période.
Saint-Euverte devint alors un chapitre de chanoines réguliers suivant les usages de Saint-Victor de Paris. Une bulle du pape Eugène III, promulguée en 1147, confirma cette nouvelle situation et plaça en même temps l'abbaye sous la protection de Louis VII de France (1120-1180). Les chanoines entreprirent de retrouver les reliques de saint Euverte, qui avaient été perdues après avoir été dissimulées lors des conflits antérieurs. En 1167, l'église fut de nouveau ravagée par un incendie, ce qui rendit nécessaire sa reconstruction, des travaux qui se prolongèrent jusqu'à la fin du siècle.
Élection miraculeuse d'Euverte comme évêque d'Orléans
Miniature du Speculum historiale
Bibliothèque nationale de France
En 1358, en raison de la guerre de Cent Ans, les chanoines durent abandonner l'abbaye, qui connut plusieurs épisodes destructeurs, notamment en 1428, lorsque l'ensemble retomba en ruines. En 1488, Charles de Blanchefort fut nommé premier abbé commendataire de Saint-Euverte. Au milieu du XVIe siècle, de nouvelles destructions furent provoquées par les guerres de Religion. Des travaux de restauration furent menés aux XVIIe et XVIIIe siècles. En 1636, l'abbaye rejoignit la Congrégation de France. Elle fut finalement supprimée en 1790, à la suite de la Révolution.
Pendant une courte période, l'église conserva ses fonctions paroissiales, qu'elle exerçait déjà au moins depuis la fin du XIVe siècle. Elle fut ensuite transformée en entrepôt puis en manufacture. En 1838, elle passa aux Pères de la Miséricorde, qui entreprirent sa restauration au milieu du XIXe siècle et occupèrent les lieux jusqu'en 1880. Par la suite, l'ensemble fut affecté à des usages scolaires, fonction qu'il conserve encore aujourd'hui. Malgré les nombreuses destructions qu'elle a subies, il s'agit du seul établissement monastique d'Orléans antérieur à la Révolution qui conserve une part importante de ses bâtiments. Il appartient aujourd'hui à la municipalité et demeure en attente d'une restauration complète.
Euverte, ou Evurtius, est considéré comme l'un des premiers évêques du diocèse d'Orléans. Selon la légende, il serait venu d'Italie afin de délivrer ses frères retenus prisonniers. Au moment de son arrivée, la communauté chrétienne était réunie pour élire un nouvel évêque, dignité qui lui échut après qu'une colombe l'eut désigné de manière miraculeuse. Au cours de son épiscopat, il acquit une réputation de thaumaturge et fit également construire une nouvelle cathédrale, dédiée à la Sainte-Croix. À sa mort, il fut enseveli dans un ancien cimetière romain, où une chapelle dédiée à Notre-Dame du Mont fut bientôt édifiée.
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