Fontevraud est l’une des nombreuses fondations monastiques impulsées par Robert d’Arbrissel (c. 1045–c. 1117), l’un des acteurs de la rénovation monastique dans le cadre de la réforme grégorienne. Avant Fontevraud, Robert avait déjà fondé le monastère de La Roë (Mayenne), qu’il soumit à la règle de saint Augustin. Par la suite, il rassembla un large groupe de disciples qui, vers 1101, s’installèrent près de Saumur, où ils aménagèrent le site avec les dépendances nécessaires pour accueillir une communauté féminine et une autre masculine, donnant naissance au monastère et à l’ordre de Fontevraud.
Robert poursuivit son œuvre évangélisatrice et confia la construction du nouvel établissement à une prieure, Hersende de Champagne (1060–1114). L’ordre de Fontevraud se caractérise par la coexistence de communautés doubles dans ses monastères ; elles suivaient une règle propre, inspirée de celle de saint Benoît. En 1106, l’expérience reçut l’approbation du Saint-Siège, qui accorda en 1113 à la maison le privilège d’exemption. En 1115, Pétronille de Chemillé fut désignée comme première abbesse de Fontevraud, peu avant la mort du fondateur, qui y fut enterré.
Le monastère de Fontevraud, ainsi que les prieurés fondés sous son influence à travers la France au fil du temps, avaient la particularité d’être dirigés par une abbesse, à laquelle était également soumise la communauté masculine qui en faisait partie, bien que disposant de dépendances propres. Ces communautés masculines se consacraient au travail manuel et à l’assistance religieuse des moniales.
À ses débuts, le monastère consistait en un ensemble de cabanes rudimentaires, ce qui n’empêcha pas la mise en place rapide d’une organisation complexe comprenant le Grand-Moûtier, pour la communauté féminine ; un second monastère (Saint-Jean de l’Habit), pour la communauté masculine ; une maison destinée à accueillir des femmes repenties (Sainte-Marie-Madeleine), et une autre servant de léproserie (Saint-Lazare). L’église du monastère de Fontevraud commença à être construite très tôt, vers 1105, grâce au soutien financier de la maison comtale d’Anjou. Le pape Calixte II en consacra l’autel en 1119 ; la nef, couverte de coupoles, fut édifiée par la suite.
L’ensemble subit des transformations plus ou moins importantes au fil des siècles. L’église du monastère servit également de nécropole à la dynastie Plantagenêt et conserve encore les gisants d’Henri II (1133–1189), de son épouse Aliénor d’Aquitaine (1122–1204) et de leur fils Richard Cœur de Lion (1157–1199), ainsi que celui d’Isabelle d’Angoulême (c. 1188–1246), épouse de Jean sans Terre. Après une période de déclin liée à la guerre de Cent Ans, qui affecta également ses prieurés, l’ordre de Fontevraud fut réformé avec l’adoption d’une nouvelle règle et la réorganisation de ses maisons, dans un long processus qui s’étendit de 1474 à 1533. Fontevraud fut réformée en 1503.
Aux XVIe et XVIIe siècles, un vaste programme de reconstruction transforma profondément la plupart des bâtiments monastiques. Entre 1670 et 1704, Gabrielle de Rochechouart occupa la charge d’abbesse, durant une période de grande prospérité et d’influence. Dans les années suivantes, les filles de Louis XV y furent élevées. Entre 1789 et 1791, l’abbaye fut directement touchée par la Révolution, entraînant la suppression de l’ordre, l’abandon du monastère et le pillage des bâtiments, avec la perte de la quasi-totalité du mobilier.
En 1804, le site fut transformé en prison, ce qui entraîna d’importantes modifications des bâtiments, mais permit également d’éviter leur destruction. Cette situation perdura jusqu’en 1963, date à partir de laquelle commença sa restauration, bien que le site eût déjà été protégé auparavant en tant que monument historique. Les bâtiments conservés du complexe monastique principal, le Grand-Moûtier, furent édifiés à différentes époques.
La partie la plus ancienne est l’église, du XIIe siècle, une construction à nef unique, avec un transept comportant deux absides. Le chœur est entouré d’un déambulatoire avec trois chapelles rayonnantes. Au sud se trouve le cloître, entouré des autres bâtiments conventuels, tels que la salle capitulaire et le réfectoire. Ces constructions datent des XVIe et XVIIe siècles. La restauration a permis de récupérer la cuisine médiévale, une construction singulière, de plan octogonal, avec absidioles et une couverture conique ornée d’un décor en écailles.
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