Abbaye de la Sainte-Trinité de Tiron

Thiron / Tironio / Tiro / Tyron

(Thiron-Gardais, Eure-et-Loir)

Sainte-Trinité de Tiron
Sainte-Trinité de Tiron

L’abbaye de la Sainte-Trinité de Tiron fut fondée par Bernard d’Abbeville (ou Bernard de Tiron, v. 1050-1117), moine de Saint-Cyprien de Poitiers (Vienne). Après avoir connu plusieurs expériences érémitiques, Bernard arriva à Tiron en 1109, dans la région du Perche, où le comte Rotrou III (1099-1144) lui accorda des terres pour son établissement. La même année, la première chapelle fut consacrée en présence d’Yves, évêque de Chartres.

Sainte-Trinité de Tiron
Sainte-Trinité de Tiron

En 1114, Rotrou III et le chapitre de Chartres lui firent don d’un nouvel emplacement plus approprié, à l’est, où la nouvelle abbaye de Tiron s’établit définitivement. Bernard put y mettre en pratique une expérience monastique fondée sur une application plus stricte de la Règle de saint Benoît, comme cela se produisait également ailleurs à la même époque : Cîteaux, Savigny, Fontevraud, la Chartreuse, Grandmont et d’autres. Bernard, fondateur et premier abbé, mourut en 1117 et fut enterré dans l’abbaye. Tiron bénéficia de la protection et de l’aide matérielle d’Henri Ier d’Angleterre (v. 1068-1135) et, par la suite, d’autres monarques, nobles et seigneurs contribuèrent également au développement du monastère.

Les règles particulières de la communauté de Tiron imposaient le travail manuel et une étroite relation entre l’abbaye mère, les abbayes filles et les prieurés. En 1119, le pape Calixte II plaça la maison sous sa protection. Une congrégation de monastères, connue sous le nom d’ordre de Tiron, se constitua bientôt, avec sa propre organisation fondée sur des chapitres généraux annuels auxquels les abbayes et les prieurés étaient représentés. L. Merlet recense quatorze abbayes qui en faisaient partie, auxquelles s’ajoutaient 86 prieurés. Parmi celles-ci figuraient les abbayes de Notre-Dame d’Asnières (Maine-et-Loire) et de Saint-Michel de Bois-Aubry (Indre-et-Loire). L’ordre possédait également plusieurs maisons en Angleterre.

Sainte-Trinité de Tiron
Sainte-Trinité de Tiron
Sainte-Trinité de Tiron
Sainte-Trinité de Tiron

D’autre part, ce territoire fut affecté par les guerres de la fin du Moyen Âge et, en 1428, le monastère et ses prieurés en subirent de graves conséquences : Tiron fut victime d’un incendie et fut fortement endommagé. Dans la seconde moitié de ce siècle, en raison du manque de ressources économiques, les moines falsifièrent de nombreux documents afin de faire valoir des droits économiques qu’ils ne possédaient pas. Cette situation donna lieu à de longs procès entre le monastère et le chapitre de Chartres. En 1562, le monastère fut de nouveau occupé militairement, cette fois dans le contexte des guerres de Religion. Il y eut des victimes, des pillages et la ruine de certaines parties du monastère. En 1591, dans le même contexte de guerre, le monastère fut de nouveau pillé.

En 1629, en pleine décadence due aux conflits militaires et au relâchement de l’observance monastique, Tiron fut intégré à la congrégation bénédictine de Saint-Maur. Les mauristes y établirent une école, de sorte que l’activité académique prit progressivement une importance considérable. En 1776, elle prit le titre d’école militaire royale. En 1782, en raison de cette activité, l’abbaye perdit sa dignité abbatiale et, en 1792, le monastère fut supprimé à la suite de la Révolution. L’église fut transformée en Temple de la Raison, mais le culte y fut rétabli en 1795, en tant qu’église paroissiale. À la fin du XXe siècle, elle devint propriété publique. Aujourd’hui, de l’ensemble monastique subsiste principalement une partie de l’église, très affectée par le passage du temps, ainsi que d’autres bâtiments plus récents correspondant à des dépendances secondaires.

Sainte-Trinité de Tiron
Sainte-Trinité de Tiron
Sainte-Trinité de Tiron
Sainte-Trinité de Tiron
Sainte-Trinité de Tiron
Sainte-Trinité de Tiron
Pierre tombale de l'abbé Jean de Chartres (1273-1297)
Sainte-Trinité de Tiron
Sainte-Trinité de Tiron
Saint Bernard d’Abbeville
Bernard d’Abbeville (ou Bernard de Tiron)


Bernard d’Abbeville naquit vers 1050 dans la région de Picardie. À l’âge de vingt ans, il entra à l’abbaye de Saint-Cyprien de Poitiers (Vienne), d’où il fut envoyé à l’abbaye de Saint-Savin (Vienne) pour la restaurer, mais il n’y fut pas bien accueilli en raison de ses pratiques très strictes. Il retourna à Saint-Cyprien, où il fut nommé abbé. En raison de ses divergences avec Cluny, il renonça à sa charge en 1101 et se rendit dans la région du Maine, où il entra en contact avec l’érémitisme. Jusqu’en 1109, il parcourut de nombreux lieux ; il s’établit notamment à l’ermitage de Fontaine-Géhard (Mayenne) et à Savigny (Manche), où il rencontra Vital de Mortain. Il séjourna également dans les îles Chausey, avant de se rendre dans la région du Perche. En 1109, il fonda le monastère de Tiron, abandonnant l’érémitisme pour adopter la vie cénobitique. Il mourut en 1117 à l’abbaye de Tiron, où il fut enterré.

Sainte-Trinité de Tiron
Sainte-Trinité de Tiron
Monasticon Gallicanum
Bibliothèque nationale de France
Sainte-Trinité de Tiron
Sainte-Trinité de Tiron
Crosse trouvée dans le monastère
Illustration tirée de Bulletin du Comité de la langue,
de l'histoire et des arts de la France
(1857)
Sainte-Trinité de Tiron
Sainte-Trinité de Tiron

Bibliographie:
  • BEAUNIER, Dom (1905). Recueil historique des Archêvechés, Évêchés, Abbayes et Prieurés de France. Vol. 1. Province ecclésiastique de Paris. París: Poussielgue
  • BONDE, Sheila; i altres (2019). Thiron-Gardais (Eure-et-Loire). Abbaye de Tiron. Archéologie médiévale, 49
  • GUÉRIN, Paul (1888). Les Petits Bollandistes. Vies des saints de l’Ancien et du Nouveau Testament... Vol. 4. París: Bloud et Barral
  • HÉLYOT, Hippolyte (1718). Histoire des ordres monastiques religieux et militaires. Vol. 6. París: Coignard
  • HÉLYOT, Hippolyte (1850). Dictionnaire des ordres religieux ou histoire des ordres monastiques, religieux et militaires, vol. 3. París: Migne
  • LE GROS, Geoffroy (1649). Beati Bernardi fundatoris et I. abbatis SS. Trinitatis de Tironio. París: Billaine
  • MERLET, Lucien; ed. (1883). Cartulaire de l'abbaye de la Sainte-Trinité de Tiron. Vol. 1. Chartres: Garnier
  • PEIGNÉ-DELACOURT, Achille (1877). Monasticon Gallicanum. Paris: G. Chamerot
  • PELLICCIA, Guerrino; dir. i altres (1997). Dizionario degli istituti di perfezione. Vol. 9. Roma: Ed. Paoline
  • SAINT-MAUR, Congregació de (1744). Gallia Christiana in provincias ecclesiasticas distributa. Vol. 8. París: Typographia Regia
  • THOMASSU, J.L.F.M. (1832). Recherches historiques sur Nogent-le-Rotrou, l'abbaye de Thiron, le château de Villebon... Chartres: Garnier

Emplacement:
Vista aèria

L’abbaye de Tiron est située dans la commune de Thiron-Gardais, à l’est de Nogent-le-Rotrou