L’abbaye cistercienne Notre-Dame d’Aiguebelle fut fondée à partir de l’année 1134 à l’initiative de Gontard Loup, qui mit à disposition le terrain nécessaire, avec la collaboration de l’évêque de Tricastin. Ils demandèrent l’envoi de moines cisterciens provenant de l’abbaye de Morimond (Haute-Marne). Par ailleurs, une tradition situe la fondation d’Aiguebelle sur un site auparavant occupé par le monastère de Montjoyer, hypothèse aujourd’hui écartée. Officiellement, l’ordre cistercien fixe la fondation en 1137.
Le nom du premier, ou des premiers, abbés de cette maison est inconnu ; ce n’est qu’en 1145 qu’est attesté le premier abbé connu, Leuzon. Il convient de signaler les confusions existantes entre cette abbaye d’Aiguebelle et celle de Bellaigue (Puy-de-Dôme). De même, la fondation de l’abbaye de Feniers (Cantal) en 1173 a également été attribuée à tort à Bellaigue, alors qu’il s’agit en réalité d’une fondation d’Aiguebelle. Le monastère connut une période de prospérité, notamment sous l’abbatiat d’Albéric (1150-1173), durant lequel fut édifiée la majeure partie des bâtiments monastiques ; il possédait plusieurs granges et bénéficiait du droit de justice.
Au XIVe siècle commença une phase de déclin : la communauté diminua en nombre, subit des épisodes épidémiques et, bien que l’impact de la guerre de Cent Ans ne semble pas avoir été particulièrement sévère, le nombre de moines se réduisit à cinq seulement. En 1413, l’abbaye cistercienne féminine de Bouchet fut supprimée et ses biens intégrés à Aiguebelle. Le monastère continua à subsister durant une période de faible activité, mal documentée, et adopta le régime de la commende à la fin du XVe siècle.
Filiation d'Aiguebelle
Selon Originum Cisterciensium (L. Janauschek, 1877)
Vers 1549, un tremblement de terre endommagea plusieurs dépendances du monastère. Lorsque les guerres de Religion atteignirent la région en 1574, les huguenots trouvèrent un ensemble partiellement en ruines, ce qui contraignit la communauté à fuir et à se réfugier. Dès 1567, la restauration et la remise en état du monastère avaient toutefois pu être engagées afin de le rendre à nouveau habitable, ce qui permit sa survie jusqu’à la Révolution. En 1791, encore en cours de rétablissement, les trois derniers moines durent quitter l’abbaye, qui resta inoccupée jusqu’en 1810, date à laquelle elle passa à des mains privées à la suite d’une vente aux enchères.
En 1815, Aiguebelle fut acquise par les trappistes, et l’année suivante débuta sa restauration et sa réhabilitation. En 1834, Étienne fut élu premier abbé du nouveau monastère, qui connut un développement spectaculaire : en 1850, il comptait 233 moines. Depuis Aiguebelle furent fondées d’autres communautés, en France et à l’étranger. Parmi les constructions monastiques, l’église mérite une attention particulière : elle conserve sa structure romane malgré les modifications et restaurations successives. Il s’agit d’un édifice à trois nefs, avec une nef centrale de grandes dimensions et un transept ; le chevet est composé d’une abside centrale, de la même largeur que la nef, et de deux paires d’absides ouvrant sur les bras du transept.
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