Prieuré Notre-Dame de Cunault
Cunaldus / Conaldum / Cunaud
(Chênehutte-Trèves-Cunault, Maine i Loira)
Cunault fut l’un des lieux de refuge des moines provenant de l’abbaye de Noirmoutier (Vendée), contraints d’abandonner cet endroit en raison des incursions des Vikings. En 836, cette communauté s’établit à Déas, qui sera plus tard connu sous le nom de Saint-Philbert-de-Grand-Lieu (Loire-Atlantique), en raison de la présence des reliques de saint Philibert de Tournus. À Déas, ils ne trouvèrent pas non plus la sécurité souhaitée et, en 858, ils se déplacèrent de nouveau à la recherche d’un refuge à Cunault.
Cunault est connu depuis l’année 845, lorsque le souverain carolingien Charles le Chauve (823-877) donna ce lieu au comte Vivien de Tours († 851). À ce moment-là, sa condition de monasteriolum est déjà mentionnée, ainsi que le fait qu’il conservait les reliques de saint Maxenceul, considéré comme disciple de saint Martin de Tours (c. 316-397). Peu après, cette même année, le comte céda Cunault à l’abbé de Déas, et en 858 ce lieu accueillit la communauté provenant de ce monastère.
En 862, les moines originaires de Noirmoutier durent également abandonner Cunault et se déplacer plus au sud, à Messais (Vienne), lieu qui leur avait été concédé par Charles le Chauve en 854. Par la suite, ils occupèrent encore d’autres sites, jusqu’à leur arrivée en 875 à Tournus (Saône-et-Loire) avec les reliques de Philibert et de Maxenceul, où ils s’établirent définitivement. Toutefois, il est possible que la communauté se soit divisée en au moins deux groupes, dont l’un aurait pu rester à Cunault.
Au Xe siècle, les reliques de Maxenceul revinrent à Cunault et, dès le XIe siècle, à mesure que la situation se stabilisait, les moines récupérèrent depuis Tournus leurs anciennes possessions, grâce au soutien des comtes d’Anjou. Au milieu du XIe siècle, un prieuré de dimensions et de prestige notables s’y développa. Par ailleurs, il bénéficia de la possession des reliques de saint Maxenceul, ainsi que d’autres attribuées à la Vierge Marie, objet d’une grande dévotion populaire. Cette situation se maintint jusqu’à la guerre de Cent Ans et à l’instauration du régime commendataire, au milieu du XVe siècle.
Le prieuré subit également les effets des guerres de Religion, probablement de manière indirecte, ce qui le laissa en état de déclin, jusqu’à sa suppression en 1741. Durant la seconde moitié du XVIIIe siècle, l’église fut divisée en deux parties, laissant le chœur sans usage. Après la Révolution, la nef fut récupérée comme église paroissiale, tandis que le chœur restait entre des mains privées et en ruine. Au cours de la première moitié du XIXe siècle, sa valeur monumentale fut reconnue et l’ensemble de l’édifice fut protégé, ce qui permit d’engager sa restauration. L’église de Cunault est essentiellement une construction du XIIe siècle, élevée grâce à la bonne situation économique du prieuré, bénéficiaire de dons et, surtout, du fervent attachement populaire aux reliques mariales.
L’église du XIe siècle devait être de dimensions plus modestes. Sur le côté nord s’élève une tour-clocher avec une porte, dont la base appartient à cet édifice primitif. L’édifice actuel est divisé en trois nefs de proportions irrégulières. Il comprend onze travées, précédées d’un chœur entouré d’un déambulatoire qui communique avec les nefs latérales. Ce déambulatoire comportait trois absides rayonnantes, dont la centrale a disparu. Les travées occidentales des nefs sont légèrement postérieures, du XIIIe siècle, déjà d’époque gothique. Le sol présente plusieurs niveaux, variation qui se reflète également dans la hauteur des nefs, qui diminue progressivement à mesure que l’on se rapproche du chœur. Il convient de souligner également la richesse de la décoration sculptée, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur.
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