La légende situe la fondation de ce monastère au VIIe siècle, lorsqu’un pèlerin, porteur d’une relique du lait de la Vierge, s’endormit sous une aubépine où il avait suspendu la bourse contenant la relique. À son réveil, l’arbuste avait tant grandi qu’il ne put récupérer son sac. Saint Hadouin, évêque du Mans entre 623 et 654, passa en ce lieu et promit d’y fonder un monastère ; alors l’arbre s’inclina et le pèlerin put reprendre le précieux objet.
Pour accomplir sa promesse, l’évêque fit venir des moines des abbayes de Saint-Vincent et de La Couture, toutes deux situées dans la ville du Mans (Sarthe). Le testament d’Hadouin, daté de 642, favorisa particulièrement la nouvelle fondation. Cette première abbaye aurait été détruite au milieu du IXe siècle lors des invasions normandes et restaurée entre 985 et 989. Malgré les incertitudes documentaires, tout porte à croire que cette restauration fut réalisée grâce à l’intervention de Raoul II (Xe-XIe siècles), vicomte du Maine, avec des moines issus de l’abbaye Saint-Père-en-Vallée de Chartres (Eure-et-Loir).
Le monastère devint un centre prospère, en partie grâce à la possession de la relique mariale, et disposait également de plusieurs prieurés qui en dépendaient. Aux XIe et XIIe siècles fut construite une nouvelle église abbatiale, et au siècle suivant la chapelle Notre-Dame (aujourd’hui dédiée à Saint-Crépin). Au XIIIe siècle encore, le chevet roman primitif fut partiellement reconstruit pour être remplacé par un nouveau chevet gothique, consacré en 1252, et par la suite modifié à plusieurs reprises.
En 1418, le monastère fut affecté par la guerre de Cent Ans. En 1482, le régime de la commende y fut introduit et, dès lors, l’abbaye eut des abbés étrangers à la communauté. En 1577, la maison fut pillée dans le contexte des guerres de Religion, ce qui toucha également le bourg développé à l'abri de l’abbaye et contraignit les moines à fuir. Lors de leur retour à Évron, le monastère fut fortifié, ce qui contribua à son déclin économique.
Son rattachement à la congrégation de Saint-Maur fut demandé, mais ne devint effectif qu’en 1639. À partir de 1724, les bâtiments monastiques furent reconstruits, en grande partie conservés aujourd’hui. En 1791, le monastère fut supprimé à la suite de la Révolution ; la communauté comptait alors douze moines. Cette même année, l’église devint paroissiale, remplaçant l’ancienne église paroissiale Saint-Martin, détruite en 1793. Au XIXe siècle commencèrent les travaux de restauration et de consolidation de l’ensemble.
L’église actuelle est le résultat des nombreuses interventions qu’elle a connues. Les parties les plus anciennes correspondent aux premières travées de la nef, à l’ouest, vestiges de l’édifice du XIe siècle ; ce secteur ne conserve que deux des trois nefs d’origine. À cet endroit s’élève un clocher porche. Une autre partie de l’édifice est de style gothique, avec transept et chœur à déambulatoire. À côté se trouve la chapelle Saint-Crépin, de la fin du XIIe siècle, autrefois séparée de l’église romane ; elle est à nef unique et conserve un décor mural du XIIIe siècle. Sous le chœur subsistent des vestiges de crypte.
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